Ces robots qui font battre le cœur des marchés boursiers

Jusqu’où les robots remplaceront-ils les humains ? Le débat n’est plus aussi vivace, mais il rebondira. La place prise sur les marchés par les robots du trading à haute fréquence (THF) a en attendant de quoi faire réfléchir.

La famille des opérateurs du THF ne cesse de s’agrandir, le ticket d’entrée n’étant pas élevé, dominé par une dizaine de très grands acteurs. Et leur activité génère aux États-Unis et en Europe des volumes grandissant, respectivement 51% et 37% des transactions journalières en 2012 selon Tabb Group, une société de recherches financières. Sur le marché à terme emblématique du Chicago Mercantile Exchange, l’activité des robots représente 90 % des ordres sur les devises, 80 % de ceux sur les métaux et de 65 % à 70 % de ceux sur les matières premières et bétail.

Le marché obligataire est moins concerné par leur activité, l’usage du téléphone y faisant obstacle, mais les marchés électroniques d’actions sont leurs terrains de jeu privilégiés. À tel point que les défenseurs du THF ajoutent désormais une ligne à leur défense, ne se contentant pas de faire valoir leur apport à la « liquidité » des marchés (plus les cours bougent, plus grandes sont les occasions de spéculer), mais prétendant également que le THF et les marchés sont totalement intégrés et imbriqués, ne pouvant plus fonctionner correctement l’un sans l’autre. Histoire d’impressionner sans apporter la moindre preuve empirique.

Jusqu’à maintenant, le secteur a su résister à tout encadrement réglementaire digne de ce nom, et le projet de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine lancé en 2016 n’a toujours pas abouti. Aux dernières nouvelles, il pourrait voir le jour l’année prochaine, mais quelles seront ses modalités ? La communication au régulateur des codes des algorithmes utilisés par les opérateurs – contre laquelle ces derniers sont vent debout pour être le cœur de leur fonds de commerce – serait abandonnée selon des fuites comme d’habitude orchestrées pour y préparer.

En termes de régulation, il y a pourtant de quoi faire si l’on considère les nombreuses amendes pour manipulations de cours infligées par la CFTC. Une pratique qualifiée de « spoofing » qui consiste à inonder le marché avec des ordres d’achat ou de vente d’indices boursiers très vite annulés, pour en tirer profit en vendant ou achetant des contrats. Les opérateurs de THF, dont les organisations prétendent se dissocier des moutons noirs pratiquant cet exercice très rentable, sont également très opposés à l’obligation de conserver un certain temps les ordres donnés dans leur système informatique, on se demande bien pourquoi dans ces conditions ?

Afin d’obtenir gain de cause, ne pouvant faire le chantage habituel à l’emploi car cela reviendrait à débrancher leurs robots, ils menacent d’aller voir ailleurs, de quitter les places où cela leur serait imposé pour trouver meilleure fortune, par exemple sur les places asiatiques. Attendons de voir ce dont la CFTC va être capable…

Y a-t-il meilleur exemple que le THF pour illustrer l’état et la nature du monde financier ? L’activité de cette machine à faire de l’argent avec l’argent est totalement dissociée de toute utilité économique et n’a aucune justification, comme d’ailleurs toute l’activité spéculative qui en est devenue l’essence. Pas besoin de faire un dessin.

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